Poèmes extraits de

Sorella

Usclas 1998

 

Veine bleue

 

Des fragments du poème perdu, du pot de terre cassé,

faire surgir nouvelle configuration.

 

Cherche, mon chien, mon âme,

pioche, roule tes manches, tamise la rivière.

 

Qu'est-ce qui danse au fil de l'eau, baby sister?

 

 

 

Avec soi

 

Il faudra s'en souvenir bien.

D'un village du Piémont posé sur le papier glacé.

De la vue sur la mer en Avril depuis Grasse.

De la belle morte noire qui fait luire la nuit.

 

De l'amour aux yeux de chat.

 

 

Bleu d'encre

 

Des vagues courtes et cruelles s'aiguisent de lame en lame, coqs de combat, armada sabre au clair, et se ruent, crêtes hérissées de blanche impuissance...

Une araignée subtile, merveille miniature aux crochets clairs, au ventre perle, pondère sur son galet : foin de grandiloquence, enflure que toute cette agitation de bile bleue...

Point ne la touche le lamento du voilier oublié sur la baie, ancré à sa chaîne, qui tourne lentement sur lui-même, et toutes voiles repliées, ballotte, bord à bord, dans le cliquetis de ses inutiles bracelets.

 

 

L'innocente

 

Dit qu'elle n'a jamais rien vu. Pauvrette. La sortir, par les beaux dimanches. La frotter au pigment du ciel. La bouchonner au charnu de la terre - et d'un coin de ta bouche. La manger crue, la virginale, quand vient la fonte des neiges sur le visage des pierres. Et puis la pincer à l'énigme du regard métal - et du doux de la braise cachée sous la poudre, en mèche vive.

 

Plus tard nous irons aux ramifications inversées de l'arbre.

Plus tard nous passerons de longues secondes à jacasser sans bruit, pelotonnées dans le soleil frais comme du beurre.

Elle en redemandera.

 

Mais voilà, nous mourrons.

 

 

Paroles de djinn barbare

 

(...)

Il n'y a d'autre oiseleur que le soleil qui tient dans sa gueule un faucon d'or.

Pour l'amour, ne pas compter sur ce qui s'étiole en fleur bleue,

en brin séché sous verre.

Ne compter sur rien, c'est un errant des plus tendres, baby sister,

son pied sale enchante la poudre du sable.

 

 

Le plus haut point

 

Marcher. Brumes, lacs, pluies d'été. L'odeur abonde, et toutes les formes de l'eau. Les feuilles ne cessent dans les hautes futaies.

(Marchez, sept ciels frémissent déjà, à vous attendre, au coin du bois.)

Vous jetez en hâte sur la mousse votre vieille veste de guerre.

La jeune fille s'y love tout naturellement.

Vous la voyez, la forêt s'ouvre, bras de rivière.

Vous la rejoignez.

Entre ses lèvres données un son fluté s'échappe et monte, lent et long, et comme vous l'aimez.

Vous l'aimez, elle vous rejoint, s'échappe.

Plus tard, ensemble vous marcherez sur le sol humide où les pas ne font pas de bruit, s'effacent.

Rien ne se retient.

La couronne des arbres garde l'exultant secret, demeure.

 

 

 

 

*

 

 

 

 

 

 

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